Camp de Voves
Entrée administrative
Dans l'océan de blés de la beauce chartraine, il est un lieu dont les panneaux à l'entrée de la ville indiquent : "Voves Cité des Patriotes" . La raison est que cette ville à eu sur son sol un camp d'internement administratif .

André Thibault, chez lui dans le Loir et Cher
Dès 1918, un camp militaire avait été créé pour des éléments de l'aviation, et du 1er novembre 1930 jusqu'au 13 juin 1940, des soldats du Génie furent détachés pour construire un camp militaire et des soldats de la D.C.A. furent cantonnés à Voves, mais le camp militaire ne put jamais être terminé. Après la défaite de l'armée française, en juin 1940, les autorités d'occupation y installèrent pendant quelques mois un camp de prisonniers de guerre qui reçut au plus fort de son occupation 3500 personnes. Dès les 20 et 21 juin les prisonniers de guerre arrivèrent par petits groupes ou par vagues de mille cinq cents à deux mille hommes. Il y eut pour les abriter jusqu'à cinq camps différents (à l'usine et dans le camp proprement dit pour les Français, à l'école libre et à l'école de garçons pour les officiers, aux abattoirs pour les Africains, à la caserne de gendarmerie pour les Alsaciens-Lorrains).
A compter du 15 août 1940 beaucoup de prisonniers furent regroupés à Châteaudun et le camp se vida progressivement jusqu'à la date du 25 décembre 1940 où ceux qui restaient encore furent emmenés en Allemagne. Après être resté inutilisé pendant les deux mois d'hiver, le camp fut à nouveau occupé par une cinquantaine de Nord-Africains.
André Migdal rend hommage à son camarade André Thibault
Le camp de Voves avant 1942
sortis et dirigés vers les lieux d’exécution
transférés, le plus souvent vers Compiègne, pour être déportés en Allemagne.
le 16 avril 1942 : 60 internés en provenance du dépôt de la Préfecture de Police de Paris
les 23 et 26 avril 1942 : 153 internés en provenance d’Aincourt (Val d’Oise)
le 4 mai 1942 : 58 internés en provenance de Gaillon (Eure)
le 5 mai 1942 : 149 internés en provenance d’Aincourt (Val d’Oise)
le 7 mai 1942 : 424 internés en provenance de Châteaubriant (Loire-Atlantique)
le 5 juin 1942 : 34 internés en provenance du dépôt et 9 en provenance des Tourelles (Paris)
le 4 septembre 1942 : 20 internés en provenance de Vaudeurs (Yonne)
le 9 septembre 1942 : 83 internés en provenance d’Aincourt (Val d’Oise)
le 31 octobre 1942 : 20 internés en provenance de Rouillé (Vienne)
le 14 janvier 1943 : 70 internés en provenance des Tourelles (Paris)
le 16 juillet 1943 : 20 internés en provenance de Rennes (Ille-et-Vilaine)
le 19 novembre 1943 : 116 internés en provenance de Pithiviers (Loiret)
le 22 novembre 1943 : 115 internés en provenance d’Ecrouves (Meurthe et Moselle)
le 30 décembre 1943 : 41 internés en provenance de Laleu (Charente-Maritime)
le 12 avril 1944 : 11 internés en provenance de Rouillé (Vienne)
Les principaux départs :
les 10 et 20 mai 1942 : 109 internés à destination de Compiègne-Royalieu (Oise) - 93 font partie du convoi dit des « 45 000 » du 6 juillet 1942 dirigé sur Auschwitz-Birkenau le 6 juillet 1942. On compte 6 survivants en 1945 -.
le 6 octobre 1942 : 20 internés à destination de La Rochelle (Charente-Maritime)
le 20 octobre 1942 : 7 internés à destination de Drancy (Seine-Saint-Denis)
le 31 octobre 1942 : 20 internés à destination de Rouillé (Vienne)
le 12 octobre 1943 : 42 internés à destination de Romainville (Seine-Saint-Denis)
le 18 novembre 1943 : 711 internés à destination de Pithiviers (Loiret)
le 9 mai 1944 : 407 internés à destination de Compiègne (Oise) - la plupart sont dirigés sur Neuengamme via Buchenwald le 21 mai 1944 -
Les évasions
Entre le 11 juin 1942 et le 6 mai 1944, 20 évasions ont lieu, permettant à 82 évadés de recouvrer la liberté. Ainsi, en janvier 1943, 10 hommes, déguisés en gendarmes réussissent la belle. L’un d’eux, René SENTUC, victime d’une sciatique aiguë, est repris le lendemain... Il s’évade de nouveau en mai 1944.
Le 19 février 1944 commencent les travaux d’un tunnel de 148 mètres au départ de la baraque des douches. Les travaux bénéficient notamment de la compétence de mineurs du Nord et permettent l’évasion de 42 détenus dans la nuit du 5 au 6 mai 1944.
La liquidation du camp
Dans la crainte d’un débarquement allié sur le front de l’ouest, les autorités d’occupation préparent les transferts des prisonniers et des internés vers l’Allemagne : on vide les prisons et les camps. Le 9 mai 1944, un détachement allemand arrive de Chartres et procède à la liquidation du camp. Les SS font embarquer les 407 internés encore présents dans des wagons à bestiaux. Le convoi est dirigé vers Compiègne. De là, le 21 mai 1944, les « Vovéens » intègrent un transport d’un millier d’hommes qui prend la direction de Neuengamme via Buchenwald. Enregistrés dans la série des matricules 30.000 à 32.000, ils sont affectés pour la plupart au kommando de Bremen-Farge, et participent à la construction du bunker de la base « Valentin », surnommé le « tombeau des Français ». Les deux tiers des déportés issus de Voves périssent, pour certains dans le naufrage des bateaux de la baie de Lübeck le 3 mai 1945.
Sources :
Archives Départementales d’Eure-et-Loir
Archives du Comité du Souvenir du Camp de Voves
André MIGDAL, Les plages de Sable Rouge, NM7 Editions, 2001
André MIGDAL, Chronique de la base, Editions Auteurs du Monde, 2006
Etienne EGRET, Ami entends-tu ? Histoire d’un camp de concentration en terre de Beauce, Comité du Souvenir du Camp de Voves, 2001
Longtemps ignoré du grand public, les camps d'internement sous administration française durant la Seconde Guerre Mondiale apparaissent au grand jour depuis quelques années.
Le CENTRE DE SEJOUR SURVEILLE DE VOVES figure en annexe à la circulaire n° 127 Pol. Cab. du 31 janvier 1942 du Ministère de l'Intérieur comme étant en voie d'installation.
De 1939 à 1946, la France a interné 600.000 personnes (Espagnols, réfugiés allemands et autrichiens, juifs, communistes, tziganes, etc.) dans un nombre de camps très important et dont certains sont encore peu ou pas connus.
Il n'existe, pour beaucoup de camps, aucune trace de correspondance émanant des internés. Certains autres ont même totalement disparu de la mémoire.
André Thibault, d'une gentillesse de grand-père, champion d'Eure et Loir de lutte gréco-romaine, dégagé des obligations militaires,s'engagea dans la résistance. Sa famille est native d'Illiers et d'Authon du Perche, il est possible qu'il y ait un lien de famille avec l'instituteur de Miermaigne et de La Bazoche qui écrivit dans la société Dunoise, il y fort longtemps.
Quant à son épouse, originaire de Nogent-le-Rotrou de son nom de jeune fille : Elizabeth Pinceloup de la Moricière et Jeannine Migdal, l'épouse d'André Migdal, furent toutes les deux exemplaires de patience car elles ont accompagnées sans faiblesses leurs héros de maris, toujours sur ces chemins de mémoires, afin que les générations futures n'oublient-pas.
André Migdal, est né à Paris, originaire de Pologne, il entra dans la résistance à 16 ans, sixième d'une famille de onze enfants, une partie de sa famille fût déportée en allemagne.
Je me souviens de cette visite dans un groupe scolaire de Voves, oû répondant aux questions des élèves sans hésitations, sauf quelques petits temps morts, le temps d'adapter la réponse... Avez-vous manger de la chair humaine ?, réponse : une cigarette pour une cuisse ! ce fut tout.
André Migdal, faisait beaucoup de conférences en France mais aussi en Allemagne et il avait encore pleins de projets, son départl aisse un vide, car ces acteurs des temps héroiques s'en vont les uns après les autres.
Si vous venez à Voves dans cette période de commémoration, il peut y avoir une couleur qui vous gène, ne leur en voulez pas à ces anciens combattants, beaucoup furent les premiers au combat.
Jean-Claude Vincent
P.S. Chaque année au mois de mai, une commémoration à lieu sur l'emplacement du camp, avec les différentes organisations patriotiques, les élus et les personnalités de la région